Lorsqu’on acquiert un bien immobilier à plusieurs, certaines situations peuvent nous amener à assumer seuls le remboursement du prêt. Cette réalité, que j’ai observée à maintes reprises dans ma pratique, touche de nombreux propriétaires en indivision. En Bretagne notamment, où les biens de caractère attirent souvent des couples investisseurs, cette problématique prend une dimension particulière. Selon les dernières données du ministère de la Justice, près de 15% des contentieux immobiliers concernent des conflits d’indivision en 2024.
Au sommaire :
Rembourser seul un crédit immobilier en indivision ouvre des droits de créance spécifiques.
- Droits légaux : L’article 815-13 du Code civil reconnaît le droit au remboursement pour les dépenses de conservation du bien indivis
- Impact du statut : Les recours varient selon le régime matrimonial – couples mariés, pacsés ou concubins n’ont pas les mêmes protections juridiques
- Solutions de récupération : Action en gestion d’affaires, enrichissement injustifié ou intégration lors du partage permettent de récupérer les sommes avancées
- Prévention indispensable : La convention d’indivision rédigée par notaire et la conservation des preuves de paiement protègent efficacement
Mécanismes juridiques et fonctionnement de l’indivision immobilière
L’indivision immobilière désigne cette situation où plusieurs personnes détiennent ensemble un même bien, chacun possédant une quote-part définie sans division physique du logement. Cette configuration peut résulter d’un achat collectif, d’une succession ou d’une séparation de couple.
En principe, chaque indivisaire doit contribuer aux charges proportionnellement à sa part de propriété. Cette obligation couvre le remboursement du crédit immobilier, les taxes foncières et les frais d’entretien. Néanmoins, la réalité diffère parfois de cette théorie juridique.
L’article 815-13 du Code civil constitue le fondement juridique principal pour l’indivisaire qui paie seul le crédit. Il stipule que les dépenses engagées pour la conservation du bien donnent droit à un remboursement de la part des autres indivisaires. Le remboursement du crédit immobilier est considéré comme une dépense de conservation du bien indivis.
Lorsqu’un indivisaire prend en charge le remboursement seul, il peut faire valoir un droit de créance à l’égard des autres indivisaires. Cette créance correspond aux paiements effectués au-delà de sa quote-part de propriété. Pourtant, cela ne modifie pas ses droits de propriété sur le bien, qui restent figés selon l’acte d’acquisition initial.
| Situation | Créance possible | Prescription |
|---|---|---|
| Couples mariés | Oui, lors du partage | Suspendue |
| Couples pacsés | Variable selon date PACS | Suspendue |
| Concubins | Difficile à établir | 5 ans par échéance |
Impact du régime matrimonial sur le remboursement
Le statut matrimonial influence considérablement les recours possibles. Pour les couples mariés sous le régime de la communauté, le prêt immobilier est généralement considéré comme une dépense commune. Même si un seul conjoint rembourse, la dette reste partagée entre les époux.
En revanche, lors d’un mariage sous le régime de la séparation de biens, chaque co-indivisaire reste responsable uniquement à hauteur de sa participation. Si l’un d’eux prend en charge seul le remboursement, il pourra faire valoir son droit à un remboursement lors du partage de l’indivision.
Pour les partenaires pacsés, la situation dépend de la date de conclusion du PACS. Avant le 1er janvier 2007, la répartition se fait équitablement. Après cette date, le régime de la séparation de biens s’applique. Un arrêt récent de la Cour de cassation du 27 janvier 2021 a précisé que les règlements relatifs au logement familial peuvent constituer une modalité de contribution à l’aide matérielle entre partenaires.
Les concubins font face à une situation plus complexe car ils sont juridiquement considérés comme des étrangers l’un par rapport à l’autre. Sans accord écrit, celui qui paie seul le crédit peut difficilement faire valoir une créance. La jurisprudence évalue si une contribution réelle à la conservation du bien a été effectuée.

Recours et solutions pour récupérer les sommes avancées
Plusieurs voies juridiques s’offrent pour récupérer les sommes avancées. L’action en gestion d’affaires reconnaît qu’on a géré l’affaire d’autrui de façon utile et nécessaire. On peut alors réclamer le remboursement des sommes avancées pour le compte du co-indivisaire défaillant.
L’enrichissement injustifié constitue un autre fondement juridique. Le co-indivisaire s’enrichit sans cause légitime aux dépens de celui qui paie. Ce mécanisme permet d’obtenir une indemnité correspondant à cet enrichissement.
Lors du partage de l’indivision, la créance peut être intégrée aux opérations de liquidation et prélevée sur la part revenant au co-indivisaire défaillant. Cette solution présente l’avantage de régler définitivement le différend.
Avant toute action judiciaire, je recommande vivement de tenter une médiation entre les co-indivisaires. Il convient également d’obtenir une reconnaissance de dette écrite du co-indivisaire défaillant et d’adresser une mise en demeure formelle par lettre recommandée.
Si les démarches amiables échouent, l’action en justice devient nécessaire. Elle prend généralement la forme d’une assignation devant le tribunal judiciaire, nécessitant l’assistance d’un avocat. Cette procédure peut s’avérer longue et coûteuse, d’où l’importance des mesures préventives.
- Rachat des parts du co-indivisaire défaillant
- Vente du bien et répartition du prix
- Action en partage judiciaire
- Renégociation du prêt pour modifier les co-emprunteurs
Mesures préventives et protections juridiques recommandées
La convention d’indivision représente la meilleure protection. Ce document contractuel, que je conseille systématiquement de rédiger dès l’acquisition, détaille précisément les obligations de chaque indivisaire concernant le remboursement du crédit, les charges courantes et l’entretien du bien.
Cette convention doit être établie par écrit, lister les biens indivis et préciser les droits de chaque indivisaire. Pour un bien immobilier, elle doit être rédigée par un notaire et publiée au Service de la publicité foncière. Dans nos belles demeures bretonnes, cette précaution évite bien des désagréments ultérieurs.
Il est essentiel d’établir un accord écrit dès l’achat précisant la répartition des charges. Tout arrangement concernant cette répartition doit être documenté précisément, indiquant qui paie quoi, dans quelles proportions et selon quelles modalités.
La conservation des preuves s’avère absolument indispensable. Il faut garder une trace de tous les paiements effectués : relevés bancaires, quittances, échéanciers, contrats. Ces documents sont essentiels pour établir la créance lors d’une éventuelle procédure de partage ou action en justice.
Je recommande également que le financement de l’acquisition corresponde aux quotités de propriété définies dans l’acte d’achat. Cette précaution évite de nombreux conflits ultérieurs et garantit une répartition équitable des responsabilités financières entre les co-indivisaires.




