Lorsqu’un terrain voisin est laissé à l’abandon, le maire dispose de plusieurs leviers pour faire cesser la dégradation et protéger l’environnement, la salubrité et la sécurité publiques. Mais ces pouvoirs ne s’appliquent pas dans n’importe quelle situation : tout dépend de la nature du terrain, de son emplacement et du cadre juridique retenu. Voici comment s’articulent les règles du CGCT, la procédure d’abandon manifeste et les pouvoirs de police générale.
Au sommaire :
Je résume comment qualifier un terrain abandonné, choisir le fondement légal adapté et engager les mesures qui protègent l’environnement et la sécurité du voisinage.
- Vérifiez la qualification du bien : terrain non bâti avec état de dégradation et situé en zone d’habitation ou à moins de < 50 mètres.
- Recherchez les titulaires de droits puis adressez une mise en demeure par lettre recommandée, en détaillant les travaux attendus et le délai raisonnable.
- En l’absence de réaction, procédez à la mise en œuvre d’office après procédure contradictoire, les frais étant imputables au propriétaire.
- Envisagez la procédure d’abandon manifeste (PV, publication, délai de 6 mois), la dévolution, l’expropriation ou l’intervention du préfet selon la situation.
Cadre juridique de l’intervention du maire sur un terrain abandonné mal entretenu
L’article L.2213-25 du Code général des collectivités territoriales permet au maire d’intervenir sur un terrain non bâti situé dans une zone d’habitation ou à moins de 50 mètres de celle-ci. Ce texte lui confère un pouvoir de police spéciale pour obliger le propriétaire à entretenir le terrain ou à le remettre en état.
En pratique, ce fondement vise les situations où un terrain délaissé crée une nuisance environnementale visible, par exemple une friche envahie par les broussailles, des déchets accumulés ou une parcelle qui se dégrade au point d’affecter le voisinage. La jurisprudence admet même l’intervention du maire en l’absence de décret d’application, dès lors que l’atteinte à l’environnement est suffisamment grave.
Quel terrain est concerné par l’article L.2213-25 du CGCT ?
Le texte vise un terrain non bâti, ou une partie non bâtie d’un terrain, manifestement mal entretenu. Il ne s’agit pas d’un simple jardin un peu négligé, mais bien d’une parcelle qui présente une friche avancée, une accumulation de détritus ou un état de dégradation susceptible de nuire à l’environnement.
Le critère géographique compte autant que l’état du terrain. Le maire ne peut agir sur ce fondement que si la parcelle se trouve dans une zone d’habitation ou à moins de 50 mètres d’une telle zone. Hors de ce périmètre, l’article L.2213-25 ne s’applique pas.
Autrement dit, ce pouvoir spécial reste ciblé. Il ne permet pas de traiter automatiquement tous les terrains abandonnés, mais seulement ceux qui répondent à la fois à un critère de localization et à un critère d’état d’entretien.
Les limites du pouvoir de police spéciale du maire
Le maire ne peut pas utiliser ce dispositif pour n’importe quelle parcelle en friche. Le champ d’action est strictement encadré, ce qui évite de confondre un terrain simplement peu soigné avec un terrain juridiquement concerné par la procédure.
Cette distinction est importante, car une mauvaise qualification peut fragiliser la décision municipale. Avant toute action, il faut donc vérifier la nature du bien, sa situation exacte et le risque environnemental ou sanitaire qu’il présente.
Procédure d’action du maire face à un terrain non entretenu
Une fois le terrain identifié, la commune ne peut pas agir de manière brusque. Le maire doit d’abord rechercher le ou les responsables du bien, puis leur notifier formellement les travaux attendus. Le respect de cette étape conditionne la suite de la procédure.
La démarche est progressive, ce qui laisse au propriétaire la possibilité de se mettre en conformité avant une intervention d’office. En matière foncière, cette phase de dialogue évite bien des contentieux et sécurise l’action publique.
Pour mieux comprendre les conséquences pour le propriétaire d’un bien laissé vacant, consultez notre article sur les risques juridiques et financiers du logement vacant.
La recherche du propriétaire et la mise en demeure
Le maire doit d’abord identifier le propriétaire du terrain, mais aussi, si nécessaire, les titulaires de droits réels ou les personnes susceptibles d’avoir des droits sur la parcelle. Cette recherche préalable est indispensable avant d’engager une procédure formelle.
Lorsque le propriétaire est connu, le maire lui adresse une mise en demeure de réaliser les travaux d’entretien ou de remise en état. Cette notification doit être envoyée par lettre recommandée ou par tout moyen permettant d’attester la réception, afin de prouver que l’intéressé a bien été informé.
Le contenu de la mise en demeure doit être clair. Il faut indiquer les désordres constatés, les travaux attendus et le délai imparti pour agir. Le CGCT ne fixe pas un délai unique pour cette étape, ce qui laisse à la commune une marge d’appréciation, à condition de rester raisonnable et motivée.
Cette phase est décisive, car elle matérialise l’obligation faite au propriétaire d’assumer l’entretien de son bien. Le maire ne remplace pas d’emblée le propriétaire, il lui demande d’agir en premier.
L’exécution d’office des travaux aux frais du propriétaire
Si le propriétaire ne réagit pas, le maire peut faire exécuter les travaux d’office. Les frais sont alors mis à la charge du propriétaire, ce qui constitue un levier dissuasif puissant.
Avant cette exécution, une procédure contradictoire doit être respectée. Le propriétaire doit pouvoir présenter ses observations et faire valoir, le cas échéant, des éléments de défense ou des contraintes particulières. Cette garantie procédurale protège les droits de la défense et renforce la solidité de la décision.
Il n’est pas nécessaire de reprendre toute la chaîne décisionnelle depuis le début : l’intervention d’office repose sur la carence du propriétaire après mise en demeure. La commune agit donc en continuité de la première décision, dès lors que l’inaction persiste.
| Fondement juridique | Objet | Condition principale | Suite possible |
|---|---|---|---|
| L.2213-25 CGCT | Entretien d’un terrain non bâti en zone d’habitation ou à proximité | Terrain mal entretenu avec enjeu environnemental | Mise en demeure puis travaux d’office |
| L.2212-2, 5° CGCT | Police générale pour la salubrité, l’hygiène et la sécurité | Risque avéré pour le public | Mesures de prévention ou de remise en conformité |
| L.2243-1 à L.2243-4 CGCT | Procédure d’abandon manifeste | Bien non entretenu, sans occupation habituelle | Déclaration d’abandon puis possible expropriation |
La procédure de déclaration d’abandon manifeste
La procédure d’état d’abandon manifeste s’applique aux terrains, immeubles ou voies privées qui ne présentent pas d’occupants habituels et qui ne sont plus entretenus. Elle est plus formalisée que la simple mise en demeure prévue par l’article L.2213-25.

Le maire commence par établir un procès-verbal provisoire décrivant l’état des lieux et les désordres observés. Ce document est ensuite publié en mairie, affiché sur le terrain et inséré dans deux journaux. Lorsque le propriétaire est connu, il reçoit également une notification.
À compter de cette étape, un délai de six mois est accordé au propriétaire pour engager les travaux ou manifester une volonté réelle de remise en état. Si rien n’est fait, un nouveau procès-verbal constate la persistance de l’abandon.
Le conseil municipal peut alors délibérer et décider d’engager une procédure plus lourde, notamment une expropriation de la parcelle lorsque la situation ne trouve pas d’autre issue. Cette voie est plus radicale, mais elle peut s’imposer lorsque l’abandon se prolonge.
Pouvoirs de police générale pour la sécurité, la salubrité et l’hygiène
Le maire n’est pas limité au seul article L.2213-25. Il peut aussi intervenir sur le fondement de sa police générale, notamment l’article L.2212-2, 5° du CGCT, qui lui permet de prévenir les pollutions et de faire cesser les atteintes à la salubrité de l’air, de l’eau ou du sol.
Ce fondement est utile lorsque le terrain mal entretenu provoque des risques concrets, comme la présence de rongeurs, des dépôts insalubres, une menace d’incendie ou une propagation de nuisances pouvant toucher le voisinage.
Par exemple, des nuisances d’odeurs ou pollutions liées à une fosse septique peuvent justifier l’intervention municipale.
Quand le maire peut agir pour la salubrité publique ?
Dès lors qu’il existe un risque avéré pour la santé publique ou la sécurité des habitants, le maire peut ordonner les mesures nécessaires. Il n’a pas à attendre que la situation entre précisément dans le champ de l’article L.2213-25, car la police générale repose sur une logique différente.
Cette souplesse est utile dans les cas les plus sensibles. Un terrain peut être hors du périmètre des 50 mètres tout en générant un danger réel, et le maire conserve alors des moyens d’action pour faire cesser le trouble.
Il faut cependant garder à l’esprit que le fondement choisi doit correspondre au problème constaté. Un risque sanitaire relève mieux de la police générale, tandis qu’un terrain non bâti en zone d’habitation mal entretenu peut relever de la police spéciale.
Situations particulières et alternatives procédurales
Certaines situations compliquent l’intervention municipale. Le propriétaire peut être inconnu, introuvable ou décédé sans succession claire. Dans ce cas, la commune doit s’orienter vers le mécanisme le mieux adapté à la situation réelle du bien.
Quand les démarches classiques échouent, les alternatives existent, mais elles ne se substituent pas automatiquement les unes aux autres. Là encore, le bon fondement juridique fait la différence.
Propriétaire inconnu, préfet et expropriation
Si le propriétaire est inconnu ou disparu, la procédure d’abandon manifeste devient souvent la voie la plus structurée. Selon les circonstances, une dévolution d’un bien sans maître peut aussi être envisagée, même si cette piste relève d’un autre régime juridique.
Lorsque la commune ne procède pas elle-même à l’exécution alors que la carence est établie, le préfet peut se substituer à elle dans certaines hypothèses. Cette intervention évite qu’une situation dangereuse reste sans réponse administrative.
En dernier recours, si aucune autre solution ne met fin à l’abandon, la commune peut engager une procédure simplifiée d’expropriation pour cause d’utilité publique. Cette option n’intervient qu’en ultime étape, lorsque les autres leviers se révèlent insuffisants.
Limites, erreurs fréquentes et points de vigilance
La première erreur consiste à croire que tout terrain négligé relève automatiquement d’une procédure d’abandon manifeste. Ce n’est pas le cas. Chaque mécanisme a ses conditions propres, ses délais et son niveau d’exigence.
La seconde erreur est de vouloir utiliser l’article L.2213-25 hors de son périmètre, alors qu’il est réservé aux terrains situés en zone d’habitation ou à moins de 50 mètres de celle-ci. Un mauvais fondement fragilise l’ensemble de la démarche.
La troisième erreur tient au respect de la procédure contradictoire. Avant une exécution d’office, le propriétaire doit pouvoir s’exprimer. Cette étape n’est pas décorative, elle sécurise juridiquement l’action de la commune.
Enfin, il faut bien distinguer les délais. La mise en demeure liée au CGCT ne repose pas sur un délai réglementaire unique, alors que la procédure d’abandon manifeste prévoit, elle, un délai de six mois clairement identifié. Mélanger ces deux temporalités expose à des contestations.
En matière de terrain abandonné, le bon réflexe consiste toujours à qualifier précisément la situation, puis à mobiliser le fondement légal adapté. C’est cette méthode qui permet au maire d’agir efficacement, sans sortir du cadre.




